Association des Capitaines de P�che Fran�ais

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Escale � Conakry

 

Escale � Conakry

Brume s�che sur Conakry :

En 1978 et 1979, le navire oc�anographique CAPRICORNE est affr�t� par la F.A.O.* pour un important programme scientifique d'�valuation acoustique des ressources p�lagiques le long des c�tes de Guin�e, Sierra L�one et Guin�e-Bissau.

Un des objectifs premiers du " Projet de D�veloppement de la P�che Maritime " de la R�publique de Guin�e est d'�valuer l'abondance, et le potentiel exploitable des poissons p�lagiques et semi-p�lagiques du plateau continental guin�en et d'en pr�ciser la distribution g�ographique.

A l'�poque, on dispose de peu de renseignements sur les stocks p�lagiques de cette r�gion et ceux fournis par les bateaux de p�che concernent essentiellement la zone c�ti�re. Aussi est-il d�cid� d'effectuer dans le cadre d'un projet, une campagne de d�tection acoustique, couvrant la totalit� du plateau continental.

Deux missions sont r�alis�es par le Capricorne et les r�sultats des travaux mettent en �vidence un stock important de Balistes qui s'est d�velopp� consid�rablement au cours des derni�res ann�es probablement du fait d'une certaine surexploitation d'autres esp�ces. Le r�sultat est que ce poisson occupe maintenant la place d'esp�ces plus appr�ci�es traditionnellement telles que les sardinelles mais �galement les poissons de fond. La seule fa�on r�aliste de r�agir � ce probl�me consiste � p�cher les Balistes, encore faut-il mettre au point la technologie du traitement ainsi que son acceptabilit� par les futurs consommateurs.

Au cours de ces campagnes, les scientifiques mettent en �vidence un petit stock de sardinelles d'environ 60 000 tonnes et un stock plus int�ressant d'anchois �valu� � 65 000 tonnes.

 A l�issue de ces campagnes, le 16 mars 1979, nous faisons escale � Conakry capitale de la Guin�e qui, ancienne colonie fran�aise, est dirig�e par un dictateur sanguinaire du nom de S�kou Tour�.

Ce pays n'a pas bonne presse et ce n'est pas de gaiet� de c�ur que nous nous rendons dans ce port qui est principalement pratiqu� par des navires sovi�tiques.

C'est en 1958 que la Guin�e est devenue ind�pendante en rompant ses relations diplomatiques avec la France suite au d�part tonitruant de G�n�ral de Gaulle lors de son passage � Conakry.

Le G�n�ral, m�content de l'accueil que lui r�serve S�kou Tour�, part en claquant la porte, coupe toutes aides au pays et fait rentrer imm�diatement en France les fonctionnaires, les coop�rants et les militaires fran�ais qui en Guin�e auraient �t� bien utiles dans les premi�res ann�es de l�ind�pendance. La Guin�e ne se remettra jamais du d�part des Fran�ais et surtout de la politique de S�kou Tour�. Ce n'est pas la pr�sence des Sovi�tiques apr�s le d�part des Fran�ais qui am�liorera la situation �conomique.

 Le jour de notre arriv�e � Conakry, la plus grande effervescence r�gne sur le port au sujet de la visite du directeur de l'U.N.E.S.C.O.*. La population, sous le patronage de la femme de S�kou Tour�, est invit�e � participer � cette occasion � une grande f�te sur l'�le de Los en face de Conakry.

 * F.A.O. : Organisation des Nations Unis pour l'Alimentation et l'Agriculture (Food and Agriculture Organization), agence en relation avec l'ONU

* U.N.E.S.C.O. : Organisation des nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture (United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization).

 La F.A.O. me demande d'organiser dans la soir�e du 16 mars un cocktail � bord o� les scientifiques expliqueront aux invit�s les travaux effectu�s et les premiers r�sultats obtenus au cours de la campagne. Comme toujours dans de pareils cas, l'affr�teur souhaite un pot � bord et comme c'est lui le client et qu'il paye, il est difficile de refuser. Je n'ai rien contre les pots, si ce n'est que cela demande du travail au bord et qu'en fin de campagne dans un port comme Conakry, il est difficile de s'approvisionner.

Vers 18h00, les premiers invit�s commencent � arriver, quand le Commandant du port tr�s agit� demande � me voir. Il s'agit du m�me Commandant que j'ai rencontr�  l�ann�e auparavant.

Ce monsieur lorsqu'il t�l�phone au lieu de dire all� ! comme vous et moi, dit : Pr�t pour la r�volution. Reconnaissez que c'est original !

 -    Je vous r�quisitionne Commandant.

-          Et on peut savoir pourquoi ?

-          Nous sommes sans nouvelles de camarades guin�ens qui se sont rendus sur l'�le de Los participer � une manifestation en l'honneur du directeur de l'UNESCO, la visibilit� est nulle et il faut aller les chercher.

 En effet, j'ai constat� que la visibilit� est mauvaise. Il s'agit d'un ph�nom�ne particulier que je n'ai jamais rencontr� en Afrique et que je ne rencontrerai plus. En fait, il s'agit d'une brume s�che ayant pour origine un Harmattan qui charrie des poussi�res de sable en provenance du Sahara.

 En Guin�e, je ne discute pas les ordres d'un Commandant de port excit�, et je me vois contraint de demander aux invit�s pr�sents � bord de quitter le navire. Cela met en col�re le repr�sentant de la F.A.O. en Guin�e � l'origine de la r�ception. Ce cocktail  lui permet de se mettre en valeur et manque de chance, en le d�barquant, je lui coupe l'herbe sous les pieds. Ce monsieur estime que je fais du z�le ! En ce qui me concerne, je n'ai pas le choix, je me dois d'ob�ir aux injonctions de l'autorit� portuaire et puis, il y a peut �tre des gens en difficult�s pas tr�s loin du port de Conakry.

Je demande au Commandant du port les services d'un pilote et il se propose. Parmi les invit�s, se trouve un Capitaine de P�che de ma connaissance travaillant pour la F.A.O. � Conakry. Connaissant bien le port et ses environs, Louis se joint � nous et me sera d'un grand concours.

Nous appareillons dans la demi-heure qui suit " la r�quisition ", c'est � dire vers 18h30 et nous nous dirigeons sur l'�le de Los.     

Je me rends rapidement compte que mon Commandant du port n'a pas les comp�tences d'un pilote et ses ann�es de navigation doivent remonter � une p�riode o� le radar ne devait pas �quiper les passerelles des navires sur lequel il naviguait. Bref, il ne me sera d'aucune aide et son comportement me laissera perplexe.

Une fois en mer, la visibilit� se r�duit � environ 50 m�tres et sur l'�cran radar appara�t de nombreux petits �chos de pirogues qui � notre approche fuient. C'est un comportement bizarre et je me demande comment je vais pouvoir porter assistance � des gens qui refusent toute aide. J'apprends avec mon coll�gue Louis qu'il s'agit probablement de contrebandiers qui profitent de la brume pour se livrer � leurs commerces dans un pays o� il manque de tout et o� la contrebande est le sport national.

 A 19h55, nous r�cup�rons une pirogue et ses 15 passagers dont deux nourrissons. Cette pirogue motoris�e est en panne s�che et d�rive vers le large.

Le Commandant du port de Conakry communique avec la radio (VHF) du bord et dirige le Stantug un remorqueur du port qui, sans radar et avec un compas magn�tique compl�tement d�compens�, perturbe les op�rations.

Par l'interm�diaire du poste radio VHF, j'apprends que les familles et amis des gens, dont on est sans nouvelle, envahissent le port de Conakry et qu'ils r�clament des moyens de recherches et des explications du Commandant du port qui, je comprends mieux, a eu la riche id�e de venir se mettre � l'abri � bord du Capricorne.

Mon " r�volutionnaire au t�l�phone " n'en m�ne pas large et compte sur moi pour retrouver un petit remorqueur du nom de P�ternelle qui apparemment transporte les officiels de la manifestation et peut �tre bien madame S�kou Tour�.

 A 00h15, je mouille l�ancre du navire � 300 m�tres de la plage de Souro sur l'�le de Los et j'envoie le zodiac sur les  lieux des festivit�s, o� peuvent se trouver les personnes que nous recherchons. En vain le zodiac rentre � bord et nous recommen�ons la m�me op�ration � l'appontement de la pointe de l'Amarante et au wharf de la pointe du Mat. Nos diverses man�uvres se soldent par des �checs et je me demande o� ont bien pu passer tous ces gens dont les autorit�s ignorent le nombre.

A terre les familles, craignant le pire, commencent � s'impatienter et � manifester leur m�contentement. Des tas de gens interviennent sur la fr�quence VHF dans une belle pagaille qui n'a pour r�sultat que de g�ner les recherches.

Vers 1h00 du matin, le commandant du port, fatigu� de sa journ�e me demande une cabine pour se reposer ! Ne pouvant lui donner satisfaction (toutes les cabines sont occup�es), je lui sugg�re de s'allonger sur la banquette du salon biblioth�que, ce qu'il fait sans se faire prier. Je suis bien content de me d�barrasser de ce monsieur qui ne m'est d'aucune utilit� et qui de plus encombre la fr�quence radio.

L'intervention du Capricorne s'av�re dangereuse en intervenant dans une zone mal hydrographi�e, par petits fonds, de nuit, avec une visibilit� inf�rieure � 50 m�tres. Chaque fois que le zodiac quitte le bord, je lui demande de ne pas perdre de vue les feux du navire. Cela me demande de mouiller le plus pr�s possible de la c�te, avec le risque d'�chouer le navire.

 C�est � 03h10 que je rel�ve un faible �cho au radar dans le sud du port de Conakry. A 03h40 avec 2,5 m�tres d'eau sous la quille, je mouille le navire et envoie le zodiac en reconnaissance sur l'�cho radar situ� � environ 1000 m�tres plus � terre. Je dirige le zodiac du bord par talkie-walkie gr�ce � l'�cho que me fait le moteur hors bord du zodiac sur l��cran radar. Il s'agit de nos disparus. Le P�ternelle en panne s�che ainsi qu'une grosse pirogue attendent du secours au mouillage. Il est temps d'arriver car la tension monte � bord du P�ternelle. Les passagers s'en prennent au Capitaine et lui reprochent son incomp�tence ! Le petit remorqueur de 11 � 12 m�tres transporte environ 70 personnes.  

Nous mettons la baleini�re � l'eau et nous effectuons quatre rotations pour embarquer les passagers du P�ternelle qui est surcharg�. C�est mon coll�gue Louis qui fait le gendarme car bien s�r, tous ces gens souhaitent d�barquer les premiers pour rejoindre le Capricorne et il faut �viter tous mouvements de panique.

 Les passagers du P�ternelle sont accompagn�s de militaires guin�ens arm�s de Kalachnikov. A leur embarquement j'interviens pour les d�sarmer. Il est hors de question qu'ils d�ambulent sur mon navire avec leurs armes. Un grand militaire me dit avec un large sourire :

-          Ne vous inqui�tez pas Patron, nous n'avons pas de munitions.

J'aurais d� m'en douter, il s�agit d�une manifestation encadr�e par la milice o� la population contrainte et forc�e doit faire bonne figure au visiteur �tranger. En r�compense ces pauvres gens obtiennent des tickets d'avitaillement.

Nous embarquons 98 passagers en provenance du P�ternelle et de la grande pirogue.

Avec le concours du radar du Capricorne, je dirige le Stantug pour qu'il prenne en remorque le P�ternelle et la pirogue.

C'est vers 6h55 que le Stantug arrive sur zone et � 07h15 nous mettons en route en convoi sur Conakry avec au total 113 personnes sur la plage arri�re du Capricorne. Nous distribuons de l'eau, du pain, du lait et des g�teaux pour les enfants. Les premiers soins sont �galement prodigu�s � une passag�re qui a un malaise.

 A 08h45 le Capricorne longe les quais de Conakry pour reprendre sa place et la foule sur le port suit le navire en nous applaudissant heureuse de retrouver un parent, un voisin, un ami. L'accueil est tr�s chaleureux. C�est � ce moment l�, que mon Commandant du port fait surface et comme les scouts, toujours pr�t �� pour la r�volution, je le vois lever les bras en signe de victoire. Il est content de lui, tel le pasteur, il ram�ne le troupeau �gar� apr�s avoir pass� une partie de la nuit � dormir sur la banquette du salon !

Une ambulance r�cup�re la passag�re malade et des voitures de police interviennent pour faire �vacuer la foule. En moins d'un quart d'heure, les quais sont de nouveau d�serts.

Il y a plus de 24 heures que je n'ai pas dormi et vers 10h00 au moment o� je compte m'allonger pour r�cup�rer d'une nuit pass�e le nez dans le radar, on vient frapper � la porte de ma cabine. Un officiel du gouvernement de la r�publique de Guin�e vient me r�clamer mon rapport de mer. On ne peut pas dire qu'il me laisse souffler. Mon rapport n'�tant pas encore commenc�, il m'est difficile de le remettre � ce monsieur. Je me permets de lui faire remarquer que j'ai eu une nuit bien remplie et que ce rapport peut attendre. Il faut croire que j'en n'ai pas encore fait assez, puisqu'il exige mon rapport dans les plus brefs d�lais.

Je comprends tout de suite pourquoi les autorit�s guin�ennes souhaitent lire mon rapport avant mon appareillage. Ils me mettent la pression pour que je ne d�nonce pas les carences des autorit�s portuaires. Ne souhaitant pas rester un jour de plus en Guin�e et voulant �viter tout incident diplomatique, je r�dige mon rapport en tr�s peu de temps, sans rentrer dans les d�tails et ayant compris le message, je me garde bien d'�mettre des critiques.

Dans la matin�e, la brume s�che se dissipe et d'apr�s des guin�ens rencontr�s, il y a de tr�s nombreuses ann�es que ce ph�nom�ne ne s'est pas produit.

A midi, l'officiel vient chercher le rapport de mer et quelques minutes plus tard, ce m�me monsieur revient � bord m'informer que des personnalit�s guin�ennes passeront sur le Capricorne pour me rencontrer et pour nous remercier. Rendez-vous est pris pour 18h30. Je n'ai qu'une h�te, c'est de faire une sieste.

 

A l'heure pr�cise, des voitures officielles se rangent le long du Capricorne et environ une dizaine de personnes monte � bord. Cette d�l�gation comprend 3 � 4 ministres, dont le ministre des arm�es, et nous sommes chaleureusement f�licit�s et remerci�s. Devant tant de compliments je ne peux faire autrement que d'offrir le champagne ! Il aurait �t� plus logique que se soit les autorit�s guin�ennes qui offrent le pot, mais on est en Afrique, il ne faut pas chercher � comprendre.

Je me souviens du ministre des arm�es qui a un physique tr�s impressionnant. Il se dit �� qu'il donne de sa personne " aupr�s des opposants guin�ens emprisonn�s pour leur faire avouer par " des aveux spontan�s " ce que lui ministre souhaite entendre. Au cours du pot, je discute avec ce personnage et je me dis que je fr�quente de dr�les d'individus. Par contre, un autre ministre m�est sympathique par un d�tail. Il est assis devant moi et je remarque que les semelles de ses chaussures sont perc�es. Je me dis qu'il ne doit pas �tre trop corrompu parce qu'il ne peut pas se payer des chaussures neuves !  

Une autre personnalit�, celui la doit �tre le ministre de la recherche scientifique, nous d�veloppe une th�orie sur la brume s�che de la veille, sur l'Harmattan et nous dit que cela a pour origine le d�sert de ...� Mongolie ! Comme vous vous en doutez, je ne dis rien. Dans ce pays, il peut vous en co�ter tr�s cher de contredire un ministre !

Le lendemain, peu avant l'appareillage, je me procure le journal local pour lire l'article concernant notre intervention. Rien, pas une ligne ne traite le sujet. Les autorit�s guin�ennes doivent se sentir mal � l'aise d'avoir eu recours aux Fran�ais, tant d�cri�s en Guin�e, pour les sortir d'un mauvais pas.

Au fait, les navires des camarades sovi�tiques bien pr�sents dans le port de Conakry, ils sont o� dans la nuit du 16 au 17 mars 1979 ? 

 A 08h00 le 18 mars 1979, le Capricorne appareille de Conakry apr�s avoir pass� une escale bien mouvement�e.

 

                                                                                    Un Capitaine de P�che

                                                                                      Membre de l�A.C.P.F.

 

                    

                                                                                 

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Derni�re modification :1 Mars 2006

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